La Competition

Le palmarès

Après délibération des membres du jury Culte 2016 (Jean-Pierre Marielle, Président d’honneur, Laurent Baffie, Sylvain Chomet, Arielle Dombasle, Jacques Séguéla, Joey Starr et Olivier Van Hoofstadt), les Prix de la 1ère édition du #FIFC2016 sont :

– Le Grand Prix du Film Culte de l’Année 2016 a été décerné à WILLY 1er (Baxter Films et Velvet Films, distribué par UFO) et remis par Joey Starr aux réalisateurs Marielle Gautier, Zoran et Ludovic Boukherma et Hugo P. Thomas.

– Le Prix du Jury a été décerné à APNÉE (Ecce Films, distribué par Shellac) et remis par Laurent Baffie à Jean-Christophe Meurisse.

– Le Grand Prix du Public du Film Culte Vintage a été remis aux TONTONS FLINGUEURS de Georges Lautner et remis par Arielle Dombasle.


 

Liberté de ton, inventivité, modernité, tout ce qui donne à une œuvre, une « patte » qui ne ressemble à aucune autre, tels ont été les critères de sélection de la programmatrice Anaïs Tellenne. Le comité de sélection est parti à la recherche d’œuvres inédites en salles, d’écritures cinématographiques innovantes, réellement audacieuses, reflets d’une « vista » très personnelle, d’univers originaux, bref… à la recherche du jamais vu, à tous les sens du terme !

Nous avons mis de côté les « nanars », car si certains deviennent involontairement culte avec le temps, il aurait été déloyal de les « accabler » avant même leur sortie !

Au travers de cette Compétition, le Festival International du Film Culte va donc mettre en lumière des oeuvres inattendues et singulières. Deviendront-elles culte? Toute la question est là, tout le pari de cette première édition, aussi…

Ce qui est certain, c’est que nous souhaitons que les films primés au FIFC trouvent plus facilement l’accès vers une large distribution.

Ce qui nous apparait très frappant, dans cette première Compétition pour élire le film culte 2016, c’est que tous les longs-métrages choisis racontent au fond la même chose: l’incroyable mal-être de notre temps, la crise profonde de notre société, son absence de repères. Chacun des films sélectionnés apporte, à sa façon, drôle, étrange ou radicale, une réponse à ces maux du XXIeme siècle.


La Programmation de La Compétition

« Apnée », un film de Jean-Christophe Meurisse (2016 – France-89 minutes)

Céline, Thomas et Maxence marchent toujours par trois. Comme la trilogie de la devise républicaine. Ils veulent se marier, une maison, un travail, des enfants sages et manger tous les jours des huîtres.

Insoumis, inadaptés à la furieuse réalité économique et aux lourdeurs administratives, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, désert jonché de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère.

 …sera-t-il culte ?

Ce film à sketches, décomplexé et brillant, dézingue avec brio les fondements de notre système actuel. Refusant de grandir, de rentrer dans les rangs et faisant fi de tous codes, on suit avec entrain l’itinéraire bordélique de ce « trouple ». Dans cette course cathartique, on s’indigne en riant des dérives de notre monde, de ce trio qui dénonce sans démagogie. On se met naïvement en colère, on se questionne joyeusement sur notre liberté et surtout, on respire! Rappelant « Les Valseuses » à sa façon, ce premier long réunissant l’iconoclaste et géniale troupe « Les chien de Navarre » est un grand appel d’air, une ode foutraque à la naïveté retrouvée.

« Toni Erdmann », un film de Maren Ade (2016 – Allemagne, Autriche, Roumanie – 2h42)

Quand Ines, executive woman d’une grande société allemande basée à Bucarest voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie réglée comme du papier à musique ne souffre pas le moindre désordre… Mais lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte va tout faire pour l’aider à redonner un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

 …sera-t-il culte ?

Au travers de la relation père-fille dépeinte dans son film, Maren Ade met en lumière, avec une extrême justesse le malaise intergénérationnel contemporain. En brossant avec poésie le portrait de ce duo, la réalisatrice rend compte d’un grand paradoxe sociétal : comment: comment la génération post soixante-huit, dans son élan d’affranchissement de ses aînés a ouvert la porte à un capitalisme débridé dont leurs propres enfants sont désormais prisonniers. Un monde où le politiquement correct, la crainte de ne pas être performant règnent en maître, un univers où le seul bien être qui compte c’est celui de l’entreprise pour laquelle on travaille. « TONI ERDMANN » c’est la rédemption à coups de perruques et de facéties. L’histoire d’un travestissement qui fait tomber les masques. C’est un appel au lâcher-prise pour mieux reprendre les rênes de son existence.

« Je me tue à le dire », un film de Xavier SERON (2016 – Belgique / France 1h30)

Michel Peneud va mourir. Comme vous, comme moi, et comme sa mère, sauf que sa mère, c’est son médecin qui le lui a dit. Alors elle a décidé de vivre ! Et vivre, pour la maman de Michel Peneud, ça veut dire nourrir ses chats, boire du mousseux comme si c’était du champagne, et aimer Michel. Mais cet amour, Michel le trouve parfois un peu encombrant. A tel point qu’il semble soudain développer des symptômes très proches de ceux de sa mère.

Et si Michel avait lui aussi un cancer du sein ?

 …sera-t-il culte ?

La mort, la maladie ce n’est pas parce que c’est horrible que ce n’est pas drôle. A l’image de son noir et blanc saturé, Xavier Seron n’a pas peur de jouer avec les contrastes. Il pousse le curseur des émotions à leurs paroxysmes et réussit avec finesse à transformer nos névroses en poèmes. Au fil de saynètes aux cadres impeccables, le héros Michel Peneud, nous embarque dans une implacable ballade où le terrible frôle l’absurde et l’accablant, la légèreté.  Fable grinçante et graphique sur la psychosomatisation, « Je me tue à le dire » est un film qui réussit admirablement à nous faire rire… du pire.

« Albüm », un film de Mehmet Can Mertoglu (2016 – Turquie- 103 minutes)

En Turquie, un couple marié, approchant la quarantaine, tente à tout prix de garder secrète l’adoption d’un bébé en constituant un album de photos fictif…

…sera-t-il culte ?

Voici l’épopée absurde d’un couple infertile se composant un « album de famille » bidon,  métaphore désabusée d’une société qui nous impose ses codes. Par peur d’être jugés, les héros de Mehmet Can Mértoğlu se prennent à réécrire leur propre existence. Plutôt que d’admettre leur impuissance à créer de la vie, ils s’en inventent une. Voulant avoir un enfant comme on choisit une voiture, ce film est une mise en abyme de l’éternel dilemme humain, être et avoir, et un clin d’oeil aux carcans stériles dont nous nous imposons le port…en vain ?

« Heimatland », un film de Lisa Blatter, Gregor Frei, Benny Jaberg, Carmen Jaquier, Jonas Meier, Tobias Nölle, Lionel Rupp, Mike Scheiwiller, Michael Krummenacher (2016 – Suisse – 1h39)

L’automne en Suisse. Un effrayant nuage apparaît dans le ciel et recouvre le pays. Son origine reste une énigme pour les météorologues. Ils constatent seulement qu’il ne cesse de croître et que la tempête du siècle menace d’anéantir le pays.
Dehors, le vent est faible mais cette épée de Damoclès est suspendue sur la tête de tout un chacun. Face à la catastrophe imminente, certains l’ignorent, d’autres se barricadent ou célèbrent la fin du monde.
Pourtant, la menace qui plane crée aussi des liens : elle libère leurs peurs, leurs pulsions et leurs espérances.

…sera t il culte ?

Quand dix réalisateurs de la nouvelle génération de cinéastes suisses s’attaquent à définir ce qu’est leur pays aujourd’hui, ça détonne. Jouant avec les codes du genre de l’anticipation, ils se servent avec finesse de ce monstrueux nuage comme d’une parfaite métaphore. Face à l’angoisse de disparaître, chacun révèle sa vraie nature. Au fur et à mesure, que se délie le fil, des ces récits entrelacés, le vrai visage du pays aux infranchissables frontières et aux secrets bancaires, nous apparait. Mensonges, ennui, racisme, initiatives absurdes…ce film collectif, très loin du film à sketch, offre un regard dérangeant, poétique et politique sur la Suisse actuelle.

« Journal d’un photographe de mariage », un film de Nadav Lapid (2016 – Israël -40 minutes)

Y, un photographe de mariages, épouse une mariée, en tue une autre, et rentre chez lui.

Pourquoi c’est déjà culte ?

Avec sa mise en scène virtuose, Nadav Lapid saisit avec grâce l’angoisse des futures mariées. Tout comme le personnage du photographe qui croyait que sa caméra était éteinte lorsque le voyant était rouge et qui malgré lui, n’a filmé que les instants qu’il ne voulait pas saisir, ce film est une réflexion sur notre volonté.  A quelques instants de sceller leurs unions, les futures mariées basculent de radieuses promises à furieuses captives. Au travers de la crainte de ces proies en dentelles, ce moyen-métrage qui par sa profonde inventivité à tout d’un long, questionne sur l’engagement. Qui dicte nos choix ? Les poids des tradition ou notre cœur ?

« Willy 1er », un film de Marielle Gautier, Zoran et Ludovic Boukherma et Hugo P.Thomas (2016-France – 82 minutes)

A la mort de son frère jumeau, Willy 50 ans, quitte pour la première fois ses parents pour s’installer dans le village voisin. « A Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et je vous emmerde ! ». Inadapté, Willy part trouver sa place dans un monde qu’il ne connaît pas.

Pourquoi c’est déjà culte ?

Drame social tout en tendresse et en trouvailles, « Willy 1er » est un hymne au courage. Dans une esthétique qui n’est pas sans rappeler l’émission Strip-Tease les quatre jeunes réalisateurs transforment le vulgaire quotidien en poésie. Willy nous emmerde et il a bien raison. Parce que combien même on lui a arraché tous les boutons de sa chemise et ruiné son scooter, il s’en fout, il avance. Parcours initiatique sur l’indépendance, ce premier long-métrage insuffle sur son passage un élan de vie en nous questionnant sur la force de réaliser nos ambitions.